Derniers mineurs d’Europe

Une page d’histoire se tourne dans la région de Haute-Silésie dans le sud de la Pologne. L’annonce de la sortie des énergies fossiles par l’Union Européenne entraînera ces prochaines années la fermeture des dernières mines de charbon encore en activité en Europe.

Dans la mine Wujek à 800m de profondeur, avril 2025.

Pour la Pologne renoncer au charbon est un véritable bouleversement. Depuis le XVIIIe siècle le charbon était devenu non seulement la principale source de revenue pour le pays, mais également un socle sur lequel s’est forgée une culture propre à ce bassin houiller hors norme. L’histoire mouvementé du XXe siècle n’a pas épargné la population de la Haute-Silésie, entre les soulèvements pour conquérir  leur indépendance et les grèves pour manifester leur opposition au régime communiste, ses habitants ont développé un esprit de résistance qui mérite que le passé de cette région ne soit pas oublié. Les mines seront liquidées d’ici 2049 et mon travail a pour objectif d’aborder les différents aspects de ce processus: les enjeux économiques, sociaux, environnementaux et culturels qui accompagnent ces fermetures. Avec sa capacité à documenter le réel, depuis son invention la photographie s’est imposée comme un moyen privilégié pour témoigner des conditions de travail dans une société industrielle en construction. Avec l’arrivée de la photographie humaniste les photographes posent désormais un regard critique sur l’univers du travail, elle devient un « moyen d’agir sur le monde » (W. Benjamin). En avril 2025 j’ai effectué mon premier séjour d’un mois à Katowice, une tentaculaire agglomération de 3 500 000 habitants fondée au XIX siècle, où se trouve le principal bassin houiller. Mon projet s’articule autour de quatre thématiques:

La dimension historique qui se concentre surtout sur les survivants des grèves des années 80’ qui ont ébranlé le système communiste.

Les incidences de l’exploitation du charbon dans l’aménagement des villes minières, sur la modification des paysages, sur l’environnement et la santé des populations.

Le troisième volet porte sur la vie culturelle et associative qui a émergé autour des mines avec des fanfares encore existantes et de nombreuses fêtes.

En conclusion de mon travail, l’ultime volet est consacré aux conséquences sociales de la liquidation des mines avec la paupérisation de nombreux quartiers et cela dans un contexte politique difficile.

A travers de ce travail documentaire je souhaite interroger la capacité de l’être humain à s’adapter à son environnement en transition.