Rivages

Nous nous sommes habitués à être exposés aux images spectaculaires de dégâts provoqués par de violents phénomènes météorologiques rapportés par les médias. Les tempêtes qui balayent les côtes, les incendies qui ravagent les forêts, les inondations. Les reportages qui relatent ces catastrophes qualifiées de « naturelles » possèdent un grand potentiel à frapper l’imaginaire des lecteurs de journaux ou les téléspectateurs. Il est difficile au quotidien de relever les cicatrices laissées par l’accélération du changement climatique et confronter les paysages de bord de mer qu’on observe en marchant sur les plages aux faits divers vus dans les journaux. Ils nous paraissent immuables. Fascinés par la sensation de l’infini, nous regardons l’immensité de l’océan. Depuis plusieurs  années je longe à vélo le littoral français et lors de mes traversées j’ai décidé littéralement de tourner le dos à la mer pour photographier les incidences de son action sur les rivages, ces zones qui délimitent la terre ferme de l'eau ainsi que les territoires environnants qui subissent les intempéries liées à la proximité de la mer. Mon travail de photographe se concentre sur le processus long de l’érosion du littoral dû à la montée du niveau des eaux et la façon dont l’être humain essaye de lui résister. Je photographie les conséquences de ces deux phénomènes qui produisent dans la durée un fort impact sur les paysages côtiers mais qui ne sont pas toujours perceptibles sur le temps court. Parfois les bâtiments de front de mer fragilisés par les intempéries se confondent avec les roches naturelles érodées par la répétition des marées aux airs des ruines antiques. Nous prenons alors la mesure de notre vulnérabilité.